Les personnages de la tradition carnavalesque en Guyane

Costume traditionnel - Les coupeuses de cannes.

En Guyane, la coupe de la canne à sucre n’a jamais été automatisée. Pour les besoins de la dernière distillerie de rhum de ce département, la coupe est encore effectuée manuellement.

Mais ici, ce costume participe à l’écriture de l’histoire de la Guyane et du Carnaval. En effet, rappelant l’époque de l’esclavage, les coupeurs de cannes défilent en groupe torse nu, pieds nus, vêtus d’un pantalon en grosse toile et armés d’un sabre d’abattis. Ils sont accompagnés de coupeuses qui sont en tenue « rivière salée » ou en « négrier ».
La tenue de négrier implique le port du grand chapeau bakwa ou arouma. La robe, large et longue a des poches, et les manches sont longues ou trois-quarts. Un grand mouchoir couvre le corps en diagonal avec à la hanche un gobelet métallique. Les coupeuses portent un sabre d’abattis et une belle canne à sucre.

                                                                                       

Costume traditionnel - Le jé farine.

Ce costume est composé d’une coiffe sous forme de long cornet multicolore saupoudré d’étoiles. Le jé farine est habillé de blanc et porte un tablier équipé d’une grande poche ventrale contenant de la farine.

Cette tenue est un produit local qui parodie la fée Mélusine, la fée de l’abondance, il symbolise la vie, la joie de vivre, la gaieté. S’il asperge peu l’assistance dans ce contexte, il se transforme volontiers en fée Carabosse, vilaine et revêche. Alors dans ce cas de figure, il aime à poursuivre les enfants qui le narguent.

                                                   

Costume traditionnel - Le bobi.

Son costume est fait de tissu de sac beige (sac de pomme de terre ou de sucre) qui lui donne une démarche lourde et lente. Il représente tantôt un ours lorsqu’il est accompagné d’un joueur de flûte et de son dompteur « montreur d’ours », tantôt un éléphant lorsqu’il est affublé d’une trompe, ou bien les deux. Cet animal hybride, danse et se roule sur le sol à la demande, s’il refuse il est roué de   coups.              

                                                                                                                                                                                       

Costume traditionnel - Le boeuf.                                                                                                                                                                                            Avec sa robe noire et sa corne menaçante, il se déplace toujours accompagné de son maître qui le tient en laisse. Mais c’est lui qui fixe son itinéraire et c’est son maître qui le suit partout. Ce détail rappelle la période de l’arrivée des bœufs par tapouilles (petit bateau de pèche) sur les rives guyanaises. Parfois ils s’échappaient et parcouraient la ville à la poursuite des passants avant d’être repris.

Le bœuf du Carnaval a bien mérité sa place dans les thèmes de déguisements, car il a beaucoup alimenté l’observation des anciens qui l’ont gratifié de nombreux proverbes guyanais : kôrn pa tro lou pou béf
( les cornes ne sont pas trop lourdes pour un bœuf), en rapport aux cornes attribuées à ceux qui subissent l’infamante infidélité de leur conjoint.

Les Guyanais aiment dire béf gras (bœuf gras) pour désigner ce bœuf du Carnaval qui d’autre part rappelle le veau gras de l’antiquité et les défilés au milieu des bouchers de la ville sous Monarchie et Empire.

              

Costume traditionnel - L'Anglé bannann.

Ce costume est apparu dans le Carnaval guyanais après la première grande immigration Sainte-Lucienne et Antillaise, liée à la rue vers l’or.

Un grand nombre de ces personnes qui trouvaient leurs origines au sein d’une culture anglo-saxonne étaient attachées à leurs traditions vestimentaires. C’est ainsi qu’à l’occasion de cérémonies, sous l’implacable ardeur du soleil, ils portaient en transpirant abondamment mais dignement, la redingote en queue-de-pie ou queue-de-morue dénommées « paspété », car largement fendue sur le postérieur, et le chapeau haut de forme « bisbonm ». Cette situation a été très rapidement caricaturée pour devenir le costume incontournable du Carnaval guyanais.
L’anglé bannann marche souvent la redingote pliée sur l’épaule. Il lui arrive d’envoyer brusquement cet habit loin de lui pour engager une course à perdre haleine avec les individus qui souhaitent s’en emparer. Car selon la vieille coutume guyanaise, cette lévite est mise en jeu et est attribuée à celui qui a eu le temps de la ramasser, ce qui n’arrive presque jamais.

                                                                                                                                                        

Costume traditionnel - Soussouri ( la chauve-souris )                                                                                                                                                                                         Encadrant généralement le défilé des diables rouges, elle représente les vampires, créatures suceuses de sang envoyées par le démon pour prendre la vie durant la nuit profitant du sommeil des vivants.

Vêtue d’un justaucorps noir couvrant la personne de la tête au pied, elle est équipée de grandes ailes qu’elle referme sur les enfants rattrapés à la course. Quand elle les ouvre, elle marche armée d’épingles pour piquer.

Le temps faisant, l’envahissant Arlequin venu d’Italie s’est glissé dans la peau de soussouri pour lui apporter des couleurs plus gaies afin de la métamorphoser en un personnage plus agréable.

Costume traditionnel - Les zombis.

Ce costume est un costume qui est revêtu par un groupe de carnavalier. Il se compose d’un ensemble de couleur blanche dont la cagoule triangulaire qui recouvre la tête rappelle la tête d’un chat, et la taille est pincée par une écharpe rouge. Cette bande circule au milieu de la foule des spectateurs avec une cordelette à hauteur de l’épaule pour pouvoir les encercler au son d’un sifflement bien rythmé qu’ils produisent au moyen de l’instrument qu’ils portent à la bouche. Cette opération est dénommée zombi baréyo (zombi cernez-les).

Ce thème qui est venu d’Afrique dans les cales des bateaux négriers a pris le sens de revenant malveillant, d’esprit malin sur les terres antillaises où il a pris cette appellation.

Suivant la tradition, le zombi reste en Guyane un des mauvais esprit de la forêt tropicale qui vient danser la nuit autour des fromagers, arbre fétiche dans les rites magico-religieux. Alors que son évocation en période normale est source de méfiance, sa présence dans le Carnaval le banalise, car durant cette période on ne craint ni les vivants, ni les morts.

                                                                                                                              

Costume traditionnel - Lanmo ( La mort )                                                                                                                                                                                                    Déguisement qui représente la mort en squelette drapé de blanc ou toute de blanc vêtu qui rappelle la couleur du linceul.

Lanmò vòlò lanmò est une expression du Carnaval guyanais qui défie la mort et qui invite son représentant masqué à poursuivre les audacieux provocateurs. Sous ce costume, lanmò erre en bande à la recherche d’une victime pour l’envelopper fortement dans son drap blanc comme pour l’étouffer.

                       

Costume traditionnel - Le nèg marron.

Ce personnage spécifique de l’histoire de la Guyane représente l’esclave qui s’est évadé et qui se cache dans la forêt, suivant le terme de la langue espagnole : cimarrón.

Ici il circule presque nu, le corps enduit d’huile noire colorée à la suie, vêtu d’un pagne ou kalimbé rouge, un bandeau rouge sur la tête et à la bouche le fruit rouge de l’awara, oléagineux symbolisant la force du marronage, la liberté dans les grands bois, la contestation de l’esclavage.

Il est utilisé pour assurer le service d’ordre du Carnaval de rue ou faire une haie d’honneur aux groupes masqués, car il noircit génreusement celui qui entrave son passage.